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L’évolution du service d’incendie de Shippagan Les débuts: de 1947 à 1953

 

Shippagan a été incorporé village le 15 mars 1947. Le service de police et celui des pompiers furent établis dans le village la même année sous la responsabilité de François Hébert, chef police et chef pompier. Nombre de ceux qui ont côtoyé ce pionnier à l’époque ont gardé le souvenir d’un homme actif et dynamique qui a investit beaucoup de lui-même dans ses nouvelles fonctions. Au dire de son fils, Martin, le premier et unique représentant de l’ordre dans le village besognait jour et nuit, se déplaçant à pied avant l’achat de sa première automobile en 1952. Il compensait son inexpérience en matière de sécurité par son bon jugement.

La même année, soit en 1947, Domitien Mallet se rendit à Bertrand et emprunta au nom du village, 2000 pieds de boyaux, deux pompes portatives et une quinzaine de sacs à eau de dix gallons avec pompe manuelle, à Elie Godin qui travaillait pour le ministère des Ressources naturelles. Ce matériel provenait du surplus d’armée et il servit jusqu’à la venue du camion à feu. Auparavant, le long boyau à incendie de la Western Peat Moss, qui mesurait plusieurs milliers de pieds et servait à éteindre les feux de plaine, constituait la meilleure arme contre les incendies majeurs. La source d’eau à laquelle il était rattaché s’avérait être le premier puits artésien de cette importance creusé dans la municipalité.

 Le maire, Valérien Robichaud, et l’échevin, Ernest Richard, négocièrent l’achat d’un camion à feu qui s’effectua au mois d’août chez Hatheway Motors à Campbellton. Par après, on l’amena à Frédericton chez Horsnell Machine Shop pour y faire installer le réservoir de 500 gallons ainsi que les pompes. C’est le premier camion transportant un réservoir dans la Péninsule acadienne et son coût total était de $2,029.33. Encore aujourd’hui nous pouvons admirer ce huit cylindres de marque Mercury qui pèse deux tonnes. Vu la relative rareté des véhicules motorisés à Shippagan en 1947, nous pouvons imaginer la grande impression que fit ce camion sur les villageois.

En hiver, on plaça le camion dans le garage Mallet Esso Service tandis qu’en été, il était stationné chez François Hébert. Les pompiers n’avaient pas un local à eux pour se réunir, mais le garage à Domitien Mallet était l’endroit tout désigné pour bavarder entre pompiers. Il faut dire que les décideurs municipaux n’étaient pas beaucoup mieux pourvus. En effet, le bureau du village avait été transféré du local loué dans l’édifice de Julien Mourant à la demeure de Georges J. Robichaud pour aboutir enfin dans un local loué à l’intérieur du théâtre Frontenac en 1953. C’est dans le bureau du village que François Hébert recevait sa paie.

Domitien Mallet affirme que l’ajout des premiers casques de pompiers et les premiers manteaux dans le matériel destiné aux pompiers remonte à 1948. Le service d’incendie se dota également de lances à eau (nozzles) et de deux haches.

En ce temps-là, la brigade n’éxistait pas au sens que l’entend la définition du "Petit Robert" qui parle d’une équipe d’ouvriers. Quelques pompiers étaient attitrés à la brigade et bénéficiaient d’une assurance-vie. Au besoin on recrutait des volontaires le long du parcours. L’absence d’un lieu de rassemblement adéquat entravait la formation d’une véritable équipe. Comme aujourd’hui, la majorité des pompiers détenaient un emploi qui absorbait le gros de leur temps hors de la vie familiale et il était convenu que le bénévolat pour le service d’incendie n’était ni un travail payant ni un travail à temps plein.

Parmi les pompiers volontaires qui s’étaient le plus engagés avec François Hébert dans ce début de brigade, mentionnons les noms de Alfred M. Mallet qui travaillait à la Sealand Foods Corporation of Canada, puis à l’entrepôt frigorifique "Shippagan Cold Storage" en tant qu’ingénieur stationnaire et Domitien Mallet qui possédait le garage Esso Mallet et qui a été un ingénieur dans l’armée comme François Hébert. Plus souvent qu’autrement, le constable Hébert conduisait le camion à incendie.

Alfred M. Mallet fut appelé à jouer un rôle de premier plan dans les années suivantes. En tant qu’ingénieur stationnaire d’une compagnie, il voyait au bon fonctionnement des moteurs pour la refrigération et probablement d’autres sortes d’engins. Il avait donc des prédispositions pour apprendre le fonctionnement du camion à feu et des pompes. Sa connaissance des moteurs, sa disponibilité et sa discipline en a fait un pionnier au même titre que François Hébert et Ozé Robichaud.

En évoquant ces deux noms on peut dire qu’ils étaient "responsables du premier service, appuyés d’une brigade efficace".

Voici ci-dessous la liste, en ordre alphabétique, des pompiers volontaires qui étaient couverts par des polices d’assurance entre 1950 et 1957 ou durant une partie de cette période. La date entre parenthèse indique l’année où chaque pompier a été assuré.

Gelas Chiasson (1950) Euloge Mallet (1951)

Conrad Duguay (1950) Domitien Mallet (1950)

Martin Gauthier (1951) Alexis P. Robichaud (1950)

Evariste Hébert (1951) Georges J. Robichaud (1951)

François Hébert (1950) Ozé Robichaud (1951)

Mathias Hébert (1951) Pius Robichaud (1950)

Alfred M. Mallet (1951) Raymond M. Robichaud (1950)

Alyre Mallet (1951) Robert Vautour (1950)

Edgar F. E. Hébert (1950)

Précisons toutefois que tous les pompiers paraissant sur cette liste n’étaient pas des pompiers actifs comme François Hébert et il y a possiblement des pompiers qui n’ont pour ainsi dire jamais combattu un incendie. D’autre part, des pompiers actifs comme Martin Hébert, fils de François, et Isidore Chiasson n’y figurent pas. Le premier avait déjà conduit le camion à feu et il s’y connaissait bien dans le fonctionnement et l’entretien du camion et de l’équipement. L’absence de son nom s’explique du fait qu’il n’avait pas 16 ans lorsqu’il mit en pratique son savoir-faire. Le second avait été pompier avant les années 50 et le redevint en 1954 à son retour de Sept-Iles.

Aucun pompier de Shippagan n’avait suivi un cours quelconque se rattachant au métier de pompier durant la période qui nous intéresse. Savoir manier les boyaux pendant le jet d’eau, faire fonctionner le camion, les pompes et joindre les boyaux aux pompes portatives et à celles du camion constituaient l’essentiel des entraînements. Autrefois, les cloches de l’église de Shippagan alertaient la population quand un incendie sévissait dans le village.

Si, en hiver, la camion se dirigeait vers un feu, il fallait souvent maintenir la pompe du camion au chaud en l’enroulant avec des manteaux de pompiers afin d’éviter que l’eau du réservoir ne gèle. Parfois, une torche à propane portative était requise pour dégeler les pompes du camion. Soulignons l’aide indispensable qu’apportaient les deux pompes portatives qui accompagnaient le camion à feu. Avec leurs deux sorties, elles remplissaient le réservoir du camion qui devait toujours être plein.

Ces pompes pouvaient servir à éteindre le feu quand le véhicule était trop éloigné. Elles pompaient l’eau de n’importe quel point d’eau imaginable que ce fut un puits, une rivière ou une mare.

Ce n’est qu’en 1959 que le pont de Shippagan fut officiellement ouvert à la circulation, mais jusque là la population des Iles dut se contenter du service d’un traversier. Le camion à feu n’était d’aucune utilité quand un incendie survenait sur l’Ile alors que les glaces dans le hâvre de Shippagan empêchaient le passage du traversier ou d’un véhicule. Rien n’illustre davantage les misères de cette situation que l’incendie du 27 février 1949 qui fit trois morts à Chiasson Office. Le caporal Roy, le constable François Hébert et le vicaire de Shippagan, Rév. Fernand Ouellet, furent contraints de sauter d’un bloc de glace à l’autre pour se rendre sur le lieu du sinistre.

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